Froid, efficace et peu empathique, est-il antisocial ?

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Les profils typiques antisociaux

La personnalité antisociale a tendance à fasciner par leurs illustrations nombreuses des séries télévisées américaines. Leur caractère dénué d’émotions, froid mais hautement efficace qu’on nous présente est-il vraiment véridique ? Souvent, décrits comme des délinquants mais aussi des « businessmen » peu scrupuleux. Leurs comportements méritent d’être mieux connus et leur fonctionnement mieux expliqué. On sait, par exemple, que les délinquants ayant une personnalité psychopathique ont plus de risque de récidiver que les autres délinquants. Ce trouble peut être diagnostiqué chez plus de 70% des personnes incarcérées.

            Une recherche (B. Board et K. Fritzon) de 2005 a étudié les caractéristiques de la personnalité antisociale en faisant la comparaison entre hommes d’affaires et criminels. Cette étude montre que certaines caractéristiques propres à la personnalité antisociale sont plus souvent rencontrées chez les hommes d’affaires que chez les criminels. En effet, le charme superficiel, l’égocentrisme, le manque d’empathie et la détermination sont des traits permettant d’être performant dans les affaires. Alors que, les comportements les plus asociaux comme la tendance à enfreindre la loi, à agresser autrui physiquement et l’impulsivité se retrouvent essentiellement chez les criminels.

Le trouble de la personnalité antisociale, mépris pour les autres.

Qu’est-ce que le trouble de la personnalité antisociale ?

Le trouble de la personnalité antisociale touche environ 1 à 3% de la population générale. On le rencontre principalement chez les hommes (3%) mais les femmes aussi peuvent présenter ce trouble (1%).

            Le trouble de la personnalité antisociale se définit par une incapacité à ressentir de l’empathie et plus précisément à percevoir et à comprendre les émotions des autres. Les personnes présentant ce trouble réagissent également de manière impulsive, sans se soucier des conséquences de leurs actions. Ils ont une humeur instable et ont tendance à avoir des problèmes relationnels. Ces problèmes entraînent généralement de fortes colères qui conduisent à des violences physiques et verbales, des conflits avec la famille et au travail. Dans des situations de crises, des actes suicidaires peuvent avoir lieu ainsi que de l’automutilation.

Le trouble de la personnalité antisociale: le mépris pour les autres.

Leur cerveau est différent

Les personnes présentant une personnalité antisociale ne ressentent ni la peur, ni l’anxiété. Ce phénomène peut s’expliquer par une sous-activation de l’amygdale qui est une partie du cerveau qui contrôle les émotions, les réactions de peur, l’anxiété et l’agressivité.

            Aussi, leur fréquence cardiaque du repos est plus faible que celle qu’on peut observer chez le reste de la population. Un cœur qui bat lentement fait un excellent atout pour certaines professions telles que démineurs ou chirurgiens.

            Les personnes avec une personnalité antisociale ont également un besoin quasi-permanent de rechercher des sensations fortes afin de stimuler le circuit de la récompense du cerveau. De ce fait, ils ont tendance à présenter des addictions à l’alcool, à la cocaïne ou d’autres substances. Leur impulsivité et dysrégulation émotionnelle les amènent à avoir des comportements à risque tels que des rapports sexuels non protégés, le non-respect des limitations de vitesse et du code de la route.

Homme personnalité antisociale

Les critères diagnostiques du trouble de la personnalité antisociale

Selon le DSM-5, qui est le manuel pour répertorier les troubles mentaux, les personnes qui présentent un trouble de la personnalité antisociale doivent présenter au moins trois des comportements suivants :

  1. Une incapacité à se conformer aux règles sociales et comportements licites ce qui entraînent le plus souvent des conséquences policières et judiciaires.
  2. Des tromperies et mensonges répétés.
  3. Une impulsivité et une imprévisibilité.
  4. Irritabilité et agressivité se traduisant en autre par des violences physique
  5. Mépris inconsidéré pour sa sécurité ou celle d’autrui.
  6. Irresponsabilité et instabilité dans le domaine du travail et des finances.
  7. Une absence de remords, une indifférence et une rationalisation des conséquences des comportements.

Ces comportements apparaissent le plus souvent avant l’âge de 15 ans. En effet, c’est à la fin de l’enfance ou au début de l’adolescence qu’un trouble des conduites est souvent retrouvé. Cependant, ce n’est qu’à partir de 18 ans qu’un diagnostic de trouble de la personnalité antisociale ne peut être posé .

Le trouble des conduites chez l’enfant et l’ado prédit un futur antisocial ?

Comme pour la personnalité antisociale, le trouble des conduites est beaucoup plus présent chez les garçons que chez les filles. Les enfants ou adolescents présentant un trouble des conduites sont décrits comme étant insensibles aux sentiments des autres. Ils intimident et manipulent pour obtenir ce qu’ils veulent. N’hésitant pas à mentir ou à voler et ne ressentent pas de la culpabilité. Ces jeunes violent régulièrement les règles et les droits des autres.

            Cependant, notons que ces comportements s’atténuent au cours de la socialisation et cessent à l’âge adulte dans 2/3 des cas. Lorsqu’ils perdurent, ils peuvent en effet, être précurseurs d’un trouble de la personnalité antisociale.

Trouble de la personnalité antisociale à l'adolescence

Le trouble de la personnalité antisociale : des origines innées ou acquises ?

Deux chercheurs Robert Hare et Michael R. Lenvenson ont constaté que de nombreux enfants et adolescents qui présentent un trouble des conduites, ont des parents toxicomanes ou alcooliques qui souffrent de troubles psychiatriques. La maltraitance ou une exposition à la violence dès le plus jeune âge sont des facteurs de risque de développer un trouble des conduites qui pourrait évoluer vers le trouble de la personnalité antisociale. On peut néanmoins retrouver ce trouble chez des enfants ou adolescents issus de familles sans problèmes particuliers. Ce cas de figure est beaucoup plus rare et nous amène à considérer d’autres facteurs prédisposants éventuels.

Les origines et manifestations sont diverses et seule une évaluation approfondie par un professionnel pourra permettre de poser un diagnostic. Le traitement par thérapie cognitive et comportementale ciblera la gestion des émotions, les croyances dysfonctionnelles, l’impulsivité et l’intolérance à la frustration.  


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