Boulimie, le rôle des émotions pour comprendre le trouble

Cet article a été écrit par Eugénie Vaillant Coindard, étudiant en Master 1 en Thérapies Comportementales, Cognitives et Émotionnelles à l’Université de Nîmes.

Boulimie, hyperphagie et purges

La boulimie est une psychopathologie appartenant aux Troubles des conduites alimentaires. Elle est maintenue dans le temps et concerne des comportements liés à l’alimentation. La boulimie affecte 1 à 2% des femmes (Smink et al., 2013, alors que les hommes sont impactés dans une moindre mesure selon le ratio 1/10. Deux comportements centraux sont présents dans la boulimie : 

  • Accès hyperphagiques, qui consistent à ingérer une quantité anormalement importante de nourriture en moins de deux heures. Un sentiment de perte de contrôle « Je n’arrive pas à me contrôler » caractérise ces épisodes..
  • Conduites avec l’objectif de compenser les excès alimentaires. On appelle aussi ces comportements « purges ». La personne va jeûner, ingérer des substances laxatives et diurétiques, provoquer des vomissements volontaires ou pratiquer une activité physique excessive « J’ai trop mangé, j’ai honte, je dois trouver un moyen pour éliminer ».

Malgré ces comportements “purges”, l’Indice de Masse Corporel (IMC) reste dans la norme. C’est l’un des principaux critères qui différencient la boulimie de l’anorexie mentale.

Si vous avez des difficultés en ce moment. Si vous sentez que malgré des efforts, vous peinez à remonter la pente, n’hésitez pas à demander conseil à un de nos psychologues. Ils sont là pour vous aider.

Profil psychologique

Des dimensions typiques du profil psychologique d’une personne souffrant de boulimie :

  • L’image de soi est mauvaise. L’estime de soi est basse. On remarque une auto-évaluation négative et centrée sur le poids et la silhouette.
  • La personnalité comporte des traits prononcés de perfectionnisme ainsi qu’une faible tolérance aux émotions négatives.
  • L’alimentation et la purgation occupent une place majeure dans sa vie, au détriment des autres domaines d’investissement.
  • La personne peut faire face à d’importantes difficultés relationnelles (Fairburn et al., 2003).

Conséquences de la boulimie 

La boulimie est souvent chronique. Elle peut être une évolution d’autres troubles de conduites alimentaires. Son retentissement est important sur le bien-être et la qualité de vie (DeJong et al., 2013 ; DeVos et al., 2018). Les vomissements provoqués et les prises de laxatifs et diurétiques impactent négativement la santé physique. La personne souffre d’une estime de soi faible et d’une humeur négative. Les relations interpersonnelles et la vie sociale sont affectées ainsi que la vie sexuelle. On observe une diminution de la productivité académique ou professionnelle. Cependant, on constate des répercussions sur la qualité de vie en général et à long terme (Dahlgren et al., 2017 ; Kessler et al., 2014).

Malheureusement, les personnes affectées par ce trouble et leur entourage se trouvent démunis pour agir face à ces difficultés.

Le rôle des émotions négatives

Les émotions négatives jouent un rôle important pour comprendre les mécanismes psychologiques derrière les conduites excessives de la boulimie. Les personnes ressentent de la honte, de la culpabilité, de la colère, de la dépression, un sentiment de solitude ou de vide, du stress, de l’anxiété, de l’ennui et le sentiment de rejet (e.g., Crosby et al., 2009 ; Hilbert, & Tuschen‐Caffier, 2007 ; Smyth et al., 2007).

  • Manger des aliments gras ou sucrés permet la décharge émotionnelle. Qui n’a jamais entendu dire autour de soi « Moi ? C’est bien simple, je mange mes émotions ! » ?
  • Un état de mal-être caractérisé par de la culpabilité, de la détresse et de la honte associé à une évaluation négative de soi et de son corps pousse aux conduites de purge. Par exemple, la personne va utiliser de produits laxatifs, diurétiques ou se faire vomir. Ces conduites visent à soulager la honte et la culpabilité.

Ainsi, il faut comprendre que comme tout comportement, aussi les hyperphagies ou les purges boulimiques ont une raison d’être. Par conséquent, elles ont une fonction. En effet, il s’agit de réduire ou atténuer des émotions négatives qui sont vécues comme insupportables pour la personne. En effet, le comportement apporte un soulagement émotionnel à court terme, voire une anesthésie affective (Berg et al., 2013 ; Jeppson et al., 2003 ; Meule et al., 2019).

Les études nous montrent que les personnes qui souffrent de boulimie ont un niveau élevé d’intolérance à la détresse. Aussi, elles ont aussi une réactivité émotionnelle accrue (Allen et al., 2012 ; Costorphine et al., 2007 ; Juarascio, 2017), associée à des difficultés de régulation des émotions négatives (Anderson et al., 2018 ; Brockmeyer et al., 2014 ; Lavender et al., 2015).

Pistes thérapeutiques pour soigner la boulimie

La conscience émotionnelle

Afin d’aider le patient à identifier ses émotions, les psychologues préconisent souvent des exercices de pleine conscience. Cela peut être de prendre quelques instants pour explorer ce que l’on ressent, discriminer et nommer ses émotions.

Déterminer la situation qui déclenche l’émotion négative

Puis, il y lieu d’identifier les raisons pour lesquelles on ressent l’émotion négative. Cela peut être un événement extérieur ou intérieur. Il ne faut pas oublier que c’est notre interprétation de la situation qui interagit directement avec l’émotion.  Prendre conscience de la présence de ses émotions et pensées automatiques aide à ne pas réagir automatiquement en réponses à celles-ci. Lorsque nous réagissons en réponse à une émotion négative, nous avons souvent tendance à le regretter plus tard. « J’ai trop honte d’avoir mangé deux pizzas », « J’ai vomi, ça m’a soulagé immédiatement, mais plus tard je m’en suis voulu, car je n’arrive pas à me contrôler. Je me suis senti nul. » 

L’acceptation des émotions

Explorer une posture dans laquelle on accueille les émotions avec curiosité. Appliquer une attitude sans jugement, avec bienveillance. Faire l’expérience de « rester » avec l’émotion négative conduit souvent à un seuil de tolérance plus élevé. Nous avons tendance à vouloir éviter nos émotions négatives. Or, en voulant les éviter nous risquons de mettre en œuvre des comportements qui nuisent à notre bien-être global.

Tolérer la détresse, le stress et la frustration

Les états émotionnels sont éphémères. Ils s’apparaissent parfois d’une manière intense, s’installent pendant un petit moment. Si on les accueille sans vouloir les éviter, les émotions négatives s’atténuent et sont ensuite remplacés par d’autres états et sensations. Les imaginer comme des nuages traversant le ciel peut aider à réaliser leur caractère éphémère.

Changer de mode de fonctionnement émotionnel peut être déstabilisant et générer des émotions inconfortables dans un premier temps (on perd le bénéfice du soulagement que l’on éprouve en mangeant ou en se purgeant). Il peut falloir un peu de temps pour s’habituer à une nouvelle façon de vivre ses émotions. Le changement ne sera pas radical et absolu du jour au lendemain…

Prévenir la réaction impulsive

  • L’exercice des colonnes de Beck peut aider à comprendre la situation qui déclenche le comportement problème. En effet, cet exercice fait également réfléchir à des alternatives de comportements plus adaptés.  Les comportements problématiques dans la boulimie sont les hyperphagies et les purges. Tout d’abord, le patient prendra conscience de ce qui les déclenche, ensuite il sera amené à proposer des comportements alternatifs. (lien Colonnes_de_Beck_TCA.docx) (d’après L. Kempe, communication personnelle, octobre 2020)

Inventer et appliquer des stratégies cognitives ou comportementales pour répondre à l’impulsion à agir. L’idée est de substituer le comportement problématique avec d’autres comportements de manière planifiée. Avec le psychologue, le patient peut rédiger une « Trousse de secours comportementale ».

Trousse de secours comportementale 

  • Appeler un ami 
  • Écrire la compulsion au lieu de la réaliser
  • Prendre un bain, une douche
  • Sortir se promener
  • Faire du ménage
  • Pratiquer un exercice de relaxation ou de méditation
  • Pratiquer une activité physique
  • Se distraire avec une activité manuelle, un livre, de la musique, les réseaux sociaux, un film ou une série, un contenu en ligne
  • Aller au cinéma, théâtre, musée, exposition
  • Créer une rencontre sociale, un rendez-vous
  • S’intéresser à sa « météo locale » du moment, la décrire, l’écrire
  • Écrire à propos de projets à court, moyen ou long terme

Utiliser une fiche de coping, comme l’exemple ci-dessous :

Fiche de coping

« En lien avec ____________ (événements/situation/déclencheur), j’ai pensé / je pense ____________ (pensée) 

et je ressens ____________ (émotions/sensations) ce qui me donne envie de ____________  (comportement : manger/me purger).

➡️ Le risque est que, même si je suis soulagé(e) sur le moment, je risque ____________  (conséquence immédiate à un niveau émotionnel, cognitif), ce qui est contraire à ____________ (objectif, valeur personnels).

➡️ A la place, je pourrais ____________  (comportement alternatif : activité soulageante/distrayante), ce qui me permettrait de ____________ (conséquence immédiate alternative), en cohérence avec ____________ (objectif, valeur personnels). »

Si vous avez des difficultés en ce moment. Si vous sentez que malgré des efforts, vous peinez à remonter la pente, n’hésitez pas à demander conseil à un de nos psychologues. Ils sont là pour vous aider.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Retour haut de page