Troisième âge
Bien vieillir : santé mentale et troisième âge
Le grand âge n'est pas une dépression annoncée. La souffrance psychique y est fréquente, et elle se soigne.
Troisième âge
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S’épanouir à la retraite 1/2
Article rédigé par Aurélie Roethinger, psychologue TCC chez Psy.link. Prendre de l’âge s’associe depuis longtemps à une certaine crainte. Celle de ne… Lire l'article 9 min de lecture
Troisième âge
La souffrance des personnes âgées pendant l’été – comment les accompagner
Cet article a été écrit par Florence Betito, psychologue formée aux TCC de l’équipe Psy.link. Elle consulte sur rendez-vous sur Psy.link. « L’été arr… Lire l'article 9 min de lecture« À son âge, c'est normal d'être fatiguée, de ne plus avoir goût à rien. » Cette phrase, prononcée avec bienveillance par un proche ou parfois par un soignant, prive chaque année des milliers de personnes d'un traitement qui fonctionnerait.
Car il n'y a rien de normal à ne plus avoir goût à rien. Vieillir s'accompagne de pertes réelles et de deuils nombreux, mais la dépression n'est pas une conséquence obligatoire du grand âge. C'est une maladie, aussi traitable à quatre-vingts ans qu'à trente.
Le sous-diagnostic a des conséquences graves. Le taux de suicide après 75 ans est parmi les plus élevés de la population, avec des passages à l'acte souvent déterminés et peu précédés d'appels à l'aide identifiés comme tels.
Une dépression qui ne ressemble pas à celle de l'adulte jeune
C'est l'une des raisons du sous-diagnostic : le tableau est différent.
La tristesse est moins souvent exprimée. La personne dit rarement qu'elle est déprimée ; elle évoque une fatigue, un manque d'énergie, un désintérêt.
Les plaintes physiques dominent : douleurs diffuses, troubles digestifs, vertiges, sensation d'oppression. Elles conduisent à des explorations médicales répétées, souvent négatives.
Les troubles cognitifs sont fréquents : difficultés de concentration, de mémoire, lenteur. Ils peuvent évoquer une maladie neurodégénérative — on parle parfois de pseudo-démence dépressive — alors qu'ils régressent avec le traitement de la dépression. Faire la distinction est essentiel, et c'est le rôle d'une évaluation spécialisée.
L'irritabilité et le repli remplacent souvent l'expression de la souffrance.
Les facteurs de fragilité
Ils sont réels et se cumulent :
- Les deuils, de plus en plus fréquents : conjoint, fratrie, amis. Le réseau se réduit sans se renouveler ;
- L'isolement, aggravé par la perte de mobilité, l'éloignement des enfants, la disparition du permis de conduire ;
- La retraite, qui peut bousculer le statut, le rythme et le sentiment d'utilité ;
- Les maladies chroniques et la douleur, elles-mêmes facteurs de dépression ;
- Les pertes sensorielles : la baisse d'audition, en particulier, isole beaucoup plus qu'on ne le pense ;
- La perte d'autonomie et le sentiment d'être un poids pour ses proches ;
- L'entrée en institution, surtout lorsqu'elle n'a pas été choisie.
Ce qui protège
Les facteurs de protection sont, eux aussi, bien identifiés — et sur plusieurs on peut agir.
Le maintien du lien social est le facteur le mieux documenté. Ce n'est pas le nombre de relations qui compte, mais leur qualité et leur régularité.
L'activité physique adaptée a des effets démontrés sur l'humeur, le sommeil, la cognition et la prévention des chutes.
Le sentiment d'utilité : garder un rôle, transmettre, aider, s'engager.
La possibilité de décider pour soi. C'est un point souvent négligé par un entourage protecteur : décider à la place d'une personne âgée, même avec les meilleures intentions, dégrade son moral. Préserver ses choix, y compris ceux qu'on juge discutables, est un facteur de santé mentale.
La correction des déficits sensoriels : appareillage auditif, lunettes, soins dentaires changent considérablement la participation sociale.
La psychothérapie fonctionne à tout âge
C'est établi et pourtant peu proposé, par un préjugé tenace selon lequel il serait « trop tard ». Les thérapies comportementales et cognitives s'adaptent très bien : elles sont concrètes, structurées, centrées sur des objectifs — un format qui convient souvent mieux que les approches introspectives longues.
Quelques adaptations pratiques : des séances parfois plus courtes, un rythme ajusté, des supports écrits, la prise en compte des difficultés sensorielles, et la visio pour les personnes peu mobiles — dont l'efficacité est comparable au présentiel.
Les thérapies de réminiscence, qui s'appuient sur le récit de vie, ont également montré leur intérêt.
La question des médicaments
Elle relève du médecin, avec une vigilance particulière à cet âge. Deux points méritent d'être connus.
Les antidépresseurs sont efficaces chez la personne âgée, avec des délais d'action parfois plus longs et des posologies adaptées.
Les somnifères et anxiolytiques au long cours posent en revanche de vrais problèmes : chutes, troubles de la mémoire, confusion, dépendance. Leur usage prolongé, encore très répandu, mérite d'être réévalué avec le médecin traitant — jamais interrompu brutalement.
Repérer le risque suicidaire
Il est élevé et souvent sous-estimé. Quelques signaux d'alerte : des propos sur l'inutilité de vivre ou sur le fait d'être un poids, un désinvestissement soudain, le fait de mettre ses affaires en ordre ou de faire des adieux, un refus de s'alimenter ou de prendre ses traitements, un apaisement inexpliqué après une longue période de souffrance.
Ces signes doivent conduire à une évaluation sans délai. Le 3114 répond gratuitement, 24 h sur 24, et il est également ouvert aux proches inquiets. En cas de danger immédiat, appelez le 15.
Pour les aidants
Accompagner un parent âgé est éprouvant, et l'épuisement des aidants est un problème de santé publique reconnu. Se faire aider — solutions de répit, groupes de parole, accompagnement individuel — n'est pas un abandon. C'est ce qui permet de tenir dans la durée.
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