Bien communiquer avec son ado

« Mon ado ne me parle pas souvent. Je lui demande comment s’est passé sa journée. Il me répond “bien”, et c’est tout. J’aimerais connaître ses occupations et préoccupations. Quand j’insiste, il s’enferme dans sa chambre. »

Sonia, maman de Thomas, 16 ans

Comportements à risque 

C’est tout à fait normal et plutôt instinctif de s’inquiéter pour nos enfants. Quand ils sont petits, on a peur qu’ils aillent se faire mal accidentellement. Les risques semblent nombreux : tomber, se couper, les voitures, les bagarres etc. Nos inquiétudes concernent aussi leurs résultats académiques, les fréquentations, les premières relations amoureuses, leur santé… Leur bonheur nous importe et on aimerait leur éviter de souffrir.

A l’adolescence, le fonctionnement de l’enfant évolue d’une manière parfois inattendue. Des nouveaux comportements font leur apparition. La socialisation joue un rôle majeur. L’identification aux pairs ainsi que l’individuation mèneront plus tard à leur autonomie en tant qu’adulte. Parmi ces comportements, peuvent émerger des nouveaux dangers.

En effet, nombreux sont les adolescents qui ont des conduites à risque. Celles-ci peuvent être liées à la consommation de drogues ou l’alcool. La sexualité implique également des nouveaux comportements qui peuvent mettre l’ado dans des situations à risque. La conduite de véhicules motorisés, peut être dangereuse, si elle n’est pas mesurée. En effet tous ces comportements peuvent mettre le jeune en danger. Les addictions au cannabis, les maladies sexuellement transmissibles ou les accidents de la route sont des sujets d’inquiétudes. La majorité des parents s’en inquiète. Si on pouvait assurer une protection contre ces dangers, aucun parent n’hésiterait.

Conduites à risque, chez l'adolescent.

La communication pour prévenir

Je reçois des adolescents en consultation régulièrement. J’aimerais donner quelques conseils issus de la recherche et de mon expérience. Des pistes pour aider les parents à utiliser les bonnes méthodes pour communiquer avec leurs ados. Les parents peuvent parfois oublier que la communication et l’entente sont les fondations d’une bonne relation. Plus on communique, plus on se comprend, plus on est proche.

Aussi, selon les études, il semblerait que bien connaître les activités et occupations de son ado permettrait de le protéger. Cela peut nous paraître simple. Cependant, nombreux sont les parents qui se plaignent de ne pas avoir suffisamment d’information sur les passe-temps de leurs enfants. En effet, ces informations sont communiquées au sein d’un dialogue régulier et équilibré. Ce dialogue ne peut s’établir que dans un climat de confiance.

En effet, la communication est très importante. Elle peut être soit principalement initiée par le parent. Celui-ci va solliciter activement l’échange. Mais le solliciter constamment peut être perçu comme intrusif et l’ado pourrait avoir tendance à se fermer davantage. Soit, une communication plus équilibrée avec des échanges réguliers. C’est-à-dire que l’ado sera initiateur autant que le parent. Ce type d’échange est idéal. 

Ado, préoccupée.

Exercer un contrôle sur les activités de son ado, en en imposant certaines et en en interdisant d’autres peut aussi permettre de connaître ses occupations. En effet, le contrôle peut donner un sentiment rassurant. Or, si le contrôle est trop rigide, il va interférer avec la bonne communication.

Des études nous montrent que lorsque l’ado communique spontanément et partage son vécu avec ses parents, il sera aussi plus à l’écoute des conseils qu’il peut recevoir en retour. Lors des discussions, les avis sont échangés naturellement. Il sera d’autant plus important, d’être attentif à ces moments de partage afin de se rendre disponible. Bien que la vie active a tendance à être bien remplie, les moments propices sont à repérer avec soin. Être attentif et disponible pour son ado, lui donnera confiance en ses parents. Il n’hésitera pas à venir vers eux même dans des moments de crise. 

 Échanger sans juger

L’adolescent qui a confiance parle naturellement à ses parent. Il raconte facilement sa vie, ses préoccupations et son vécu. Il s’attend à ne pas être jugé. Confiant que ses parents ne porteront pas de jugement mais un regard bienveillant, il aura d’autant plus envie de partager avec eux. En effet, il est presque adulte et il a ses propres valeurs. Celles-ci lui ont été « transmises » depuis son enfance par les parents essentiellement. Ayez confiance.

Parfois dans le discours des parents, le jugement fait son apparition dans les conseils. Les parents peuvent avoir peur que l’ado prenne des mauvaises décisions. Afin de le dissuader ou persuader de faire différemment, ils peuvent avoir tendance à lui imposer leurs propres jugements et croyances. Au lieu de lui donner des conseils neutres et objectifs. Pourtant, les décisions importantes lui appartiennent. Ainsi, son énergie ne doit pas être consacrée à s’opposer à ses parents. Idéalement, il doit pouvoir raisonner sans influence. Il saura prendre les meilleures décisions pour lui et son avenir.

Il faut savoir que le processus d’individuation est fort et que l’adolescent se sent presque obligé de s’opposer à l’adulte. Ainsi l’adulte qui essaie d’imposer ses propres choix, ne peut gagner que par force. Le jugement dans un discours est toujours ressenti par l’autre même s’il ne peut pas toujours être pointé et verbalisé. Les manœuvres de manipulation sont de même. Aussi, lui faire confiance, lui donnera confiance en vous. Ce n’est pas pareil s’il demande votre avis que lorsque vous essayez de l’imposer. Il sera plus à l’écoute si c’est lui qui l’a demandé.

Être proche émotionnellement

La proximité émotionnelle est importante. Elle consiste à valider et être compréhensif des états émotionnels de l’ado. Il faut garder à l’esprit que l’adolescence est une phase. Celle-ci est caractérisée par des fluctuations de l’humeur dont l’ado n’est pas forcément maître. Cela ne veut pas dire qu’il peut se comporter d’une manière inadaptée. N’oublions pas que le comportement n’est, en effet, pas le résultat d’une émotion, mais d’un processus intentionnel. En effet, ce n’est pas parce que quelqu’un ressent une émotion que son comportement doit être assorti. Par exemple, être triste ou frustré ne donne pas des droits particuliers. A part le droit d’avoir cette émotion-là et ne pas en être jugé. 

Valider l’émotion de l’autre permet de se rapprocher. Cela consiste à montrer qu’on comprend l’émotion et qu’on a de l’empathie avec l’autre. Quand quelqu’un est triste, on pourrait dire « je comprends que tu sois triste ». Pour la colère, « je comprends ta colère ». Ces petites validations suffisent pour que la personne se sente comprise dans son émotion. 

Cependant, actuellement il y a une contradiction. Puisqu’on nous conseille de cacher nos états émotionnels. “Il n’est pas normal d’être anxieux et le stress ne devrait pas exister », « Pourquoi être triste, ça ne sert à rien “. Alors que, les émotions sont normales et nous ne pouvons pas les éviter ! Apprenons plutôt à nos ados d’accepter leur états émotionnels, “de surfer dessus” et à mettre en oeuvre des comportements adaptés pour les réguler efficacement.

Vous seriez étonné de voir comment la validation des émotions peut vous rapprocher de votre ado !

«Si vous parlez. Si vous même vous partagez et que vous n’êtes pas dans le jugement. Tout peut être dit et tout peut être entendu. Puis, validez ses émotions, montrez de l’empathie et la confiance s’installera. ». 

Conseil du psychologue pour les parents d’ados
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