Il est bipolaire? Fausses croyances et explications

Article écrit par Paul Lebourleux, psychologue formé aux TCC au Centre Ressource Bipolaire Sud Aquitaine – Clinique Château Caradoc.

Si vous avez des difficultés en ce moment. N’hésitez pas à demander conseil à un de nos psychologues. Ils sont là pour vous aider.

Le mot bipolaire est surement un terme que vous entendez de plus en plus, mais de quoi s’agit-il exactement ? A quoi cela correspond ? Comment savoir si quelqu’un a une « bipolarité » ? Peut-être vousposez-vous cette question pour vous-même ou pour quelqu’un que vous connaissez… Cet article est le premier d’une série de deux.

Est-ce que je suis bipolaire? Oui ou non?

Roulement de tambour… La réponse est NON. Personne n’est bipolaire. En tout cas, c’est une formulation à éviter. Peut-être en avez-vous assez des « bonnes formulations ». Vous êtes du genre à dire qu’il faut appeler un chat un chat, mais c’est surtout le message qui se trouve derrière cette formulation qui est important. 

Dire que quelqu’un « souffre ou a un trouble bipolaire » plutôt de que de dire « il est bipolaire » est important. Il ne faut pas réduire une personne à sa maladie. Il s’agit avant tout d’une personne, et une personne ne peut être réduite à un trouble, une maladie ou un handicap. Ça vous rappelle quelque chose peut-être ? Ne pas réduire une personne à son genre, sa couleur de cheveux, sa couleur de peau, son orientation sexuelle, etc. C’est ici la même chose, afin d’éviter toute forme de stigmatisation, rejet social et discrimination. Cela dans le but de réduire les comportements et attitudes découlant des stéréotypes et préjugés associés à des mots. Par exemple : blonde = bête ; bipolaire = fou, dangereux -> peur -> à éviter. Cela permettra aussi de réduire le risque que la personne se juge elle-même, de réduire la honte et la culpabilité liées au vécu de la maladie. In fine, le but recherché est un meilleur soutien social et un accès au soin plus facile pour la personne (Schomerus & Angermeyer, 2008).

Comment savoir si une personne souffre du trouble bipolaire

Pour répondre à cette question, permettons-nous une comparaison avec une autre maladie chronique : le diabète. Tout comme chacun de nous a des variations du taux de sucre dans le sang (glycémie) au cours de la journée, cela ne veut pas dire que tout le monde souffre de diabète. Le diabète entraine un taux anormalement élevé de sucre dans le sang. Le trouble bipolaire entraine lui une humeur anormalement haute ou basse – par épisodes de plusieurs jours.  En effet, tout le monde a des variations de l’humeur, avec des hauts et des bas. Or, seulement 2,4% de la population est porteuse de cette pathologie qui impacte les mécanismes de régulation de l’humeur (Merikangas, 2011). En France, le trouble bipolaire concernerait entre 650.000 et 1.600.000 personnes (Hamon, 2010 ; HAS, 2014). Anciennement appelée psychose/maladie maniaco-dépressive, le trouble bipolaire est donc caractérisé par des variations extrêmes et problématiques de l’humeur. On y trouve une alternance entre des phases de hausse de l’humeur, dites de manie ou d’hypomanie, et de phases de baisse de l’humeur – de dépression.

La dépression, une très grosse déprime, j’imagine que vous voyez surement à quoi cela correspond. La manie et l’hypomanie, c’est un peu l’inverse. C’est aller très bien, voire trop bien, être très accéléré, avoir beaucoup d’énergie. Donc quand on parle ici de manie ou de maniaque, il n’y a aucun rapport avec le ménage ou le rangement comme on pourrait l’entendre dans le langage courant. Quand on parle d’épisodes maniaque ou dépressif, cela doit : durer plusieurs jours, être un réel changement dans les comportements et émotions de la personne, ainsi qu’être une source de souffrance pour soi ou les autres. 

Petit aparté : quand on souffre de diabète, il vous paraitra adapté d’aller voir un médecin généraliste et un endocrinologue. Il sera donc logique d’aller voir un médecin psychiatre quand on souffre d’un trouble bipolaire et de pouvoir en parler à son médecin généraliste. Et petit rappel, les maladies mentales sont des maladies, des maladies comme les autres…

Un peu d’histoire

Commençons par le non. Un peu d’histoire : Arétée de Cappadoce, adepte d’Hippocrate, serait le premier à proposer un lien entre les deux états d’humeur que sont la manie et la dépression. Et cela, dès l’Antiquité, au 2° siècle après Jésus-Christ. Après bien d’autres descriptions, dont celles de deux psychiatres français Falret et Baillarger (1854), ensuite, viendra Emile Kraepelin à la fin du 19° siècle, qui proposera la maladie maniaco-dépressive comme une entité diagnostique à part entière. 

On peut aussi retrouver dans l’histoire des personnages célèbres qui auraient souffert d’un trouble bipolaire, avec plus ou moins de certitudes, comme :

  • Charles VI (1368-1422),
  • Goethe (1749-1832),
  • Napoléon Bonaparte (1769-1821),
  • Honoré de Balzac (1799-1850),
  • Victor Hugo (1802-1885),
  • Gérard de Nerval (1808-1855),
  • Edgar Allan Poe (1809-1849),
  • Abraham Lincoln (1809-1865),
  • Robert Schumann (1810-1856),
  • Tchaïkovski (1840-1893),
  • Friedrich Nietzsche (1844-1900),
  • Gauguin (1848-1903),
  • Van Gogh (1853-1890),
  • Théodore Roosevelt (1858-1919),
  • Winston Churchill (1874-1965),
  • Hemingway (1899-1961),

Ce n’est donc pas juste une tendance récente, ni le résultat d’un lobbying ou complot pharmaceutique, ni une invention de la psychiatrie moderne, mais une maladie bien réelle décrite depuis très longtemps. 

Enchainons par un oui, il y a un effet de mode. Oui, on entend plus parler du trouble bipolaire. Les professionnels de santé sont mieux formés à ce diagnostic et son temps moyen de détection est raccourci. Les langues se délient et on ose parler de santé mentale et de troubles psychiatriques. Pour exemple Carrie Fisher, particulièrement connue pour son rôle de Princesse Leia dans Star Wars, avait dévoilé son trouble bipolaire et luttait contre sa stigmatisation. Grâce à elle, et aussi en son hommage, on a pu observer de nombreux « coming-out bipolaires », entre autres sur les réseaux sociaux. Comme elle, d’autres célébrités ont révélé et nommé leur pathologie, comme Catherine Zeta-Jones, Britney Spears, Benoit Poelvoorde, Kanye West, Mariah Carey, Robin Williams, Demi Lovato, Mel Gibson… Aussi, vous avez surement pu voir des personnages souffrant de cette maladie sur petit et grand écran, comme dans le film Happiness Therapy ou dans la série Homeland. 

Variations d’humeur et trouble bipolaire

 « Non mais elle/il est complétement bipolaire ! » sont surement des mots que vous avez déjà entendus ou lus sur les réseaux sociaux. Ce terme scientifique est aujourd’hui passé dans le langage courant. Le qualificatif bipolaire peut être utilisé – à tort – pour désigner un changement d’humeur bref, un avis ou quelque chose de contradictoire, d’opposé, un changement de comportements non compris, ou fait référence à une double personnalité. Il s’éloigne alors de son sens médical et sème la confusion de par son usage à outrance. Souvent, la « bipolarité » est confondue avec ce que l’on appelle la labilité émotionnelle, à savoir des émotions changeant très rapidement. Dans la labilité émotionnelle, les émotions sont instables et oscillent entre la joie, l’enthousiasme et la douleur, l’anxiété, la tristesse, voir l’agressivité et la colère (Tribolet, 2006). Dans le langage courant on pourrait aussi entendre : avoir des sautes d’humeur, être lunatique. Non, on ne diagnostique pas un trouble bipolaire lorsque l’on observe une humeur changeant dans la journée.

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Pour le trouble bipolaire, il s’agit de variations de l’humeur qui durent plusieurs jours ! On peut cependant rapprocher cela de l’hyperréactivité émotionnelle. C’est une caractéristique présente dans le trouble bipolaire, souvent même en dehors des épisodes (M’Bailara et col., 2009). Avoir une hyperréactivité émotionnelle correspond au fait d’avoir des émotions qui se déclenchent plus rapidement et plus intensément que la moyenne. Cette caractéristique, qui à un certain degré, peut aussi ne pas être problématique, voir même être vécu comme une force pour certains, est également présente dans d’autres troubles, comme le TDAH ou le trouble de personnalité borderline.  Mais, non, être lunatique ne signifie pas être atteint d’un trouble bipolaire. Et parfois, cette irritabilité et ces sautes d’humeur, peuvent aussi s’expliquer par une mauvaise nuit, une faim importante, un syndrome prémenstruel, un contexte spécifique et bien des explications autres que cette maladie.

“Ça ne se voit pas, ce n’est pas une vraie maladie

Au risque de se répéter : c’est une vraie maladie. Et de manière plus globale, concernant les dépressions, il ne s’agit pas d’un manque de volonté ou d’un petit passage à vide : https://www.youtube.com/watch?v=DngbvFntZdg.

Premièrement dans le trouble bipolaire, il y a une composante génétique. Par exemple, si un parent souffre d’un trouble bipolaire, il y a 10 à 20% de risque que son enfant en souffre à son tour, ce qui est bien supérieur au risque de 2 % en population générale. Si deux parents sont touchés, ce chiffre passe à 30% ou 50/60% de risque selon les sources (Hattenschwiler et col., 2009, dans HAS, 2014 ; Fondation Fondamental). Cela n’en fait pas une maladie purement génétique, puisque premièrement, il n’y a pas un seul gène du trouble bipolaire, il s’agit d’un ensemble de gènes qui forment une vulnérabilité génétique. Et deuxièmement, c’est l’interaction entre une vulnérabilité génétique et des facteurs de stress environnementaux (stress émotionnels et stress biologiques) qui explique le déclenchement de la maladie et de ses épisodes. 60% de la maladie serait expliqué par des facteurs génétiques et 40% par les facteurs environnementaux (Lichtenstein, 2009).

De plus, sachez que quand les chercheurs pratiquent des recherches utilisant des examens d’imageries cérébrales, ils observent pour les personnes souffrant de ce trouble des différences par rapport aux personnes non malades. Ces différences sont au niveau des régions impliquées dans la régulation des émotions (Townsend & Altshuler, 2012). 

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe les troubles bipolaires au 6° rang mondial des handicaps, toutes maladies confondues. 

Traitement trouble bipolaire

Bonne nouvelle ! On peut avoir un trouble bipolaire et aller bien ! Bien qu’il s’agisse d’une maladie chronique, qui une fois déclenchée impliquera toujours un risque de rechute, elle peut ne pas s’exprimer pendant un certain temps, et rester invisible, silencieuse, sans épisode de l’humeur. Il peut parfois persister certains symptômes résiduels, mais avec lesquels la personne peut apprendre à composer. Aller bien, à condition de favoriser une stabilité de l’humeur que cela soit par la prise d’un traitement médicamenteux adapté ou le respect de mesure d’hygiène de vie. Des thérapies non médicamenteuses sont également recommandées et efficaces, comme la psychoéducation, la thérapie cognitive et comportementale ou les thérapies familiales (Yatham et col., 2018). Ce message a un double but : à la fois dire qu’une personne atteinte de ce trouble de l’humeur peut atteindre un plein rétablissement et vivre une vie qui a du sens à ses yeux https://www.youtube.com/watch?v=oAFMiGsRoQk, mais aussi vous dire que vous avez surement déjà croisé et côtoyé quelqu’un qui a ce trouble sans même vous en rendre compte. 

Lire aussi : Borderline, fluctuations d’humeur et instabilité affective

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