Dysmorphophobie et réseaux sociaux

Qu’est-ce que la dysmorphophobie ?

Cet article a été rédigé par Amélie Gimbert étudiante en Master en TCCe à l’université de Nîmes. Le contenu a été relu et validé par Psy.link.

La dysmorphophobie, ou Body Dysmorphic Disorder (BDD), est la phobie d’avoir un physique laid/difforme (Tignol, 2014). Ce trouble reste peu connu des professionnels de santé en France, mais concerne environ 2 % de la population générale. Ces personnes se focalisent sur un défaut physique imaginaire ou léger. La perception qu’ils en ont n’est pas réaliste. La peur associée à ce défaut est disproportionnée, elle provoque un profond mal-être. Ces personnes ressentent souvent de la honte et du dégoût envers leur corps. Ainsi, ils mettent en place des stratégies visant la réduction de leur souffrance. Pourtant, ces stratégies sont rarement adaptées et peuvent s’avérer très handicapantes. Le risque suicidaire est 6 fois plus élevé que dans la population générale.

Ils pensent de manière obsessionnelle à leur(s) défaut(s) physique(s). Une focalisation sur l’existence de ce défaut, son apparence, ses conséquences et puis ils trouvent des « solutions » pour dissimuler leur défaut au mieux. Cette focalisation leur prend énormément de temps (la moyenne est entre 3 et 8 heures par jour), devient une grande source de stress. Elle peut même entraîner un trouble dépressif sévère. 

Si vous avez des difficultés en ce moment. Si vous sentez que malgré des efforts, vous peinez à remonter la pente, n’hésitez pas à demander conseil à un de nos psychologues. Ils sont là pour vous aider.

Quelles stratégies dysfonctionnelles ?

Les comportements obsessionnels mis en place sont généralement perçus comme incontrôlables.

Ils peuvent être (Harðardóttir, 2019) :

  • Se comparer aux autres
  • Questionner l’entourage sur le défaut
  • Éviter de se regarder dans les miroirs
  • Rechercher constamment les miroirs pour vérifier
  • Camoufler le défaut (maquillage, vêtement, posture, etc.) 
  • Le skin picking (« se curer la peau » nettoyer la peau de différentes manières et de façon excessive. Cela a pour conséquence d’abimer la zone)
  • Rechercher un traitement chirurgical ou dermatologique 

En moyenne, 4 de ces comportements sont observés chez les personnes souffrant d’une dysmorphophobie.

Les situations sociales vont également être évitées. Ainsi, le dysmorphophobique évite les personnes ou les lieux qui pourraient déclencher des émotions négatives en lien avec leurs préoccupations corporelles. 

Les distorsions cognitives de la dysmorphophobie

Les personnes dysmorphophobiques font des distorsions cognitives. Cela veut dire qu’elles font des erreurs de raisonnement ou qu’elles ont tendance à percevoir la réalité d’une manière erronée. On retrouve fréquemment les distorsions suivantes :

  • La surgénéralisation : « je suis totalement défiguré(e) à cause de ce bouton »
  • L’abstraction sélective : « mon nez me déplaît (même si le reste de mon corps est satisfaisant), je suis trop moche »
  • La conclusion hâtive : « tout le monde va remarquer mon front et se moquer de moi »

Quelles parties du corps sont concernées 

Toutes les parties du corps peuvent faire l’objet d’une dysmorphophobie. Pourtant, certaines sont plus couramment touchées : le visage, la peau, les dents, les lèvres, le nez et les yeux. Les standards de beauté véhiculés dans la société jouent un rôle considérable sur l’image de soi. 

Le rôle des réseaux sociaux : Instagram, Snapchat, Tiktok et l’utilisation des filtres

Avez-vous déjà utilisé les filtres Instagram/Snapchat / Tiktok 

Pouvez-vous poster une photo/vidéo sans filtre ?

Les idées relatives au physique qui circulent

  • Les oreilles ne doivent pas être décollées, pas trop grandes mais pas trop petites ; 
  • Les joues doivent être pas trop rondes ni trop creuses ; 
  • Le nez ne doit pas être trop long ni trop court, pas dévié, pas bossu ; 
  • Les yeux pas trop rapprochés ni trop espacés, la couleur n’est jamais bonne, les yeux bleus rêvent des yeux noisettes et inversement ; 
  • De la même manière, ceux qui ont les cheveux lisses veulent les cheveux bouclés et ainsi de suite ; 
  • Le menton ne doit pas être ni trop petit ni trop imposant ; 
  • Le cou ni trop gros ni trop maigre ; 
  • Les poils sont une hantise pour les femmes et attendue par les hommes ; 
  • Le torse des garçons doit être large et les bras musclés, le torse des femmes est centré sur la poitrine qui doit avoir une forme idéale, ferme et avec de petites épaules ; 
  • Les jambes des hommes ne doivent pas être trop fines, celles des femmes pas trop grosses ni trop fines ; (Finder, 2013).

L’une des conséquences possibles de cette pression est un refus dangereux de se nourrir, pouvant mener à une anorexie mentale.

Les réseaux sociaux, notamment Instagram, Snapchat et Tiktok permettent aux utilisateurs de se créer une image 100 % personnalisable. Ce sont de réels promoteurs de chirurgie esthétique ! On peut poster des photos et vidéos avec le visage et le corps de nos rêves : nez affiné, joues creusées, yeux étirés de couleur claire, courbures des hanches, taille des muscles sur mesure, etc. L’utilisation massive de ces filtres est loin d’être sans conséquence. 

L’utilisation des réseaux sociaux et la satisfaction corporelle 

  • En moyenne, plus on utilise les réseaux sociaux, plus notre insatisfaction corporelle augmente (de Vries, 2018).
  • L’acceptation de la chirurgie esthétique augmente considérablement lorsque l’on utilise des réseaux sociaux et applications de retouche photo (Chen, 2019).
  • Plusieurs chirurgiens-plasticiens ont reçu de nombreuses demandes de patients souhaitant obtenir le même visage que celui obtenu grâce aux filtres Snapchat (Ramphul et al., 2018). « Je voudrais avoir le même nez qu’avec le filtre Snapchat »
  • Les filtres faciaux ont eu pour conséquence l’augmentation du nombre d’opérations chirurgicales esthétiques (Alghonaim, 2019).

L’utilisation massive des filtres abime directement le regard que l’on porte sur notre corps, notamment chez les milléniaux. Certains auteurs parlent même de « dysmorphie de Snapchat » (Wang et al., 2019).

Un mouvement en faveur de l’acceptation de son corps : le « body positive »

Le « body positive » a commencé à voir le jour sur les réseaux sociaux à la suite de l’intense pression ressentie par de nombreux utilisateurs (Cohen et al., 2019). Bien qu’il soit sujet à controverses et qu’il reste minoritaire, ce mouvement remet en question les idéaux de beauté et met en avant l’acceptation de tous les corps.

Traitement  et thérapie de la dysmorphophobie

La dysmorphophobie a peu de chances de disparaître sans traitement. Plus l’intervention psychologique est précoce, plus elle est efficace (Harrison, 2016).

Les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC) sont les thérapies de choix pour les troubles anxieux en général et pour la dysmorphophobie. La thérapie comporte l’exposition aux situations anxiogènes (par exemple : s’exposer à regarder une partie de son corps qui dérange qui active de l’anxiété) de manière progressive et avec l’accompagnement d’un professionnel (Harrison, 2016). Le potentiel activateur d’anxiété des parties du corps diminuera graduellement. 

Le psychologue formé aux TCC travaillera également au niveau cognitif. À partir des pensées qui traversent l’esprit du patient lors des situations redoutées, le thérapeute pourra commencer un travail de remise en question du système de croyances du patient. Par exemple:

  • « Est-il vrai qu’on m’aime moins à cause de mon nez ? »
  • « Est-ce qu’on m’aimerait plus si j’avais des jambes plus minces ? »

Si vous avez des difficultés en ce moment. Si vous sentez que malgré des efforts, vous peinez à remonter la pente, n’hésitez pas à demander conseil à un de nos psychologues. Ils sont là pour vous aider.

Bibliographie :

Alghonaim, Y., Arafat, A., Aldeghaither, S., Alsugheir, S., & Aldekhayel, S. (2019). Social Media Impact on Aesthetic Procedures Among Females in Riyadh, Saudi Arabia. Cureus, 1. https://doi.org/10.7759/cureus.6008

Chen, J., Ishii, M., Bater, K. L., Darrach, H., Liao, D., Huynh, P. P., Reh, I. P., Nellis, J. C., Kumar, A. R., & Ishii, L. E. (2019). Association Between the Use of Social Media and Photograph Editing Applications, Self-esteem, and Cosmetic Surgery Acceptance. JAMA Facial Plastic Surgery21(5), 361‑367. https://doi.org/10.1001/jamafacial.2019.0328

Cohen, R., Irwin, L., Newton-John, T., & Slater, A. (2019). #bodypositivity : A content analysis of body positive accounts on Instagram. Body Image29, 47‑57. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2019.02.007

de Vries, D. A., Vossen, H. G. M., & van der Kolk – van der Boom, P. (2018). Social Media and Body Dissatisfaction : Investigating the Attenuating Role of Positive Parent–Adolescent Relationships. Journal of Youth and Adolescence48(3), 527‑536. https://doi.org/10.1007/s10964-018-0956-9

Finder, J. (2013). La dysmorphophobie – la peur d’être laid. Comment ? Pourquoi ? Journal du droit des jeunes330(10), 23. https://doi.org/10.3917/jdj.330.0023

Harrison, A., Fernández de la Cruz, L., Enander, J., Radua, J., & Mataix-Cols, D. (2016). Cognitive-behavioral therapy for body dysmorphic disorder : A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Clinical Psychology Review48, 43‑51. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2016.05.007

Ramphul, K., & Mejias, S. G. (2018). Is « Snapchat Dysmorphia » a Real Issue ? Cureus, 1. https://doi.org/10.7759/cureus.2263

Tignol, J. (2014). 19. Dysmorphophobie. Les troubles anxieux, 202. https://doi.org/10.3917/lav.boule.2014.01.0202

Wang, J. V., Rieder, E. A., Schoenberg, E., Zachary, C. B., & Saedi, N. (2019). Patient perception of beauty on social media : Professional and bioethical obligations in esthetics. Journal of Cosmetic Dermatology19(5), 1129‑1130. https://doi.org/10.1111/jocd.13118

Harðardóttir, H., Hauksdóttir, A., & Björnsson, A. S. (2019). Líkamsskynjunarröskun : Helstu einkenni, algengi, greining og meðferð. Læknablaðið2019(03), 125‑131. https://doi.org/10.17992/lbl.2019.03.222

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