Les parents curling ou le surinvestissement parental

Article écrit en collaboration avec Maelys Delmotte, étudiante en psychologie.

Le terme « parentalité curling » est une expression qui fait référence à un style de parentalité. Ces parents qui « déblayent le chemin » pour leurs enfants. En effet, tout comme les joueurs de curling balayent la glace pour guider le palet vers la cible. En d’autres termes, les parents qui pratiquent la parentalité curling tentent d’éliminer tous les obstacles et les difficultés de la vie de leurs enfants. Ils cherchent à leur offrir un chemin le plus lisse possible. La parentalité curling est un style parental caractérisé par un investissement excessif du parent auprès de son enfant. On peut aussi parler de surprotection parentale ou surinvestissement parental.

Ce style de parentalité peut être bien intentionné. Soulignons que les parents curling veulent souvent protéger leurs enfants des difficultés et des épreuves. Cependant, il peut avoir des conséquences négatives. En effet, les parents peuvent priver leurs enfants de l’occasion d’apprendre à faire face aux défis et aux erreurs. Cet apprentissage est essentiel pour leur développement et leur autonomie.

Deux éléments caractéristiques des parents curling

D’une part, le parent intervient souvent pour résoudre les problèmes de son enfant avant même qu’il ait le temps de réfléchir à une solution son problème. 

Louis a cinq ans, il est perçu comme maladroit par sa mère. Celle-ci trouve qu’il fait souvent tomber des objets, par exemple, le verre d’eau, les télécommandes, etc. Parfois il casse ou abîme le matériel. Sa mère s’agace et se précipite toujours. Elle préfère faire à sa place. Lorsqu’il veut remplir un verre d’eau, elle intervient immédiatement pour le faire et s’il renverse son jus, elle nettoie à sa place. Elle lui dit “tu es si maladroit, n’essaie pas de faire tout seul, ça finit toujours en catastrophe…!”.  De ce fait, Louis est moins dégourdi que les autres enfants de sa classe. 

Cela peut être problématique pour plusieurs raisons. Le parent qui agit à la place de l’enfant risque d’entraîner une inhibition du développement des habiletés à faire face à des problèmes. Puis, l’enfant apprend quelque chose du comportement de sa mère: en fait, une croyance sur soi se développe. Il “apprend” à comprendre qu’il est incompétent… Enfin, le parent ayant tendance à contrôler les activités et comportements de son enfant de manière excessive, enfreindra le développement de sa spontanéité et son autonomie.

Par exemple, pensant que Louis est maladroit, son père ne le laisse jamais monter sur les structures de jeux avec les autres enfants lorsqu’ils vont au parc. Il craint que son fils tombe et se fasse mal. De ce fait, Louis n’apprend pas à surmonter les difficultés, ni à développer de nouvelles capacités.

L’impact du style parental curling lorsque les enfants grandissent

Récemment, des études se sont intéressées aux conséquences d’un style parental curling sur les enfants à l’âge adulte. Les chercheurs se sont demandés comment un style de parentalité curling pouvait impacter le sentiment de bien-être, la santé mentale et la satisfaction globale subjective de vie une fois jeune adulte.. 

D’après la théorie de l’autodétermination les besoins psychologiques essentiels sont :

  • l’autonomie (agir à partir de ses intérêts, préférences et valeurs propres),
  • l’appartenance sociale (se sentir aimé, accepté et faire partie d’un groupe)
  • le sentiment de compétence (se sentir capable, efficace). 

Lorsque ces besoins psychologiques essentiels sont satisfaits, on mesure un faible niveau d’anxiété et de dépression chez la personne, ainsi qu’une satisfaction globale subjective de la vie élevée. 

Par exemple, lorsque Marie va au parc avec sa mère, celle-ci l’encourage à essayer de nouveaux jeux. Elle reste auprès d’elle afin de la rassurer et d’être là pour la rattraper si elle tombe. Marie peut ainsi apprendre l’autonomie en cherchant par elle-même des solutions pour grimper à l’échelle, et le sentiment de compétence en arrivant en haut de cette échelle. 

A l’inverse, lorsque les besoins essentiels ne sont pas satisfaits, une fois à l’âge adulte, l’individu est plus susceptible de développer des symptômes dépressifs, de l’anxiété et d’être moins satisfait de sa vie. 

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En fait, l’enfant a besoin de développer certaines compétences adaptatives nécessaires à la vie d’adulte. Lorsqu’un parent fait tout à sa place, il ne lui laisse pas la possibilité de prendre d’initiative. L’enfant n’apprend pas à chercher de solutions. Il ne se lance pas dans des expériences nouvelles, Pourtant, la vie est un chemin d’obstacles et d’imprévus, auxquels il vaut mieux apprendre tôt à trouver des solutions. Plus nous sommes habitués à résoudre des problèmes, plus nous gagnons en confiance en nos capacités à faire face.

L’enfant surprotégé n’acquiert pas la confiance en soi nécessaire pour affronter les difficultés. Des croyances sur soi négatives telles que “Je ne suis pas compétent” ou “je ne suis pas débrouillard” se mettent en place. 

Différences entre style parental curling maternel et paternel, et leur impact sur les filles et les garçons

Les conséquences de la parentalité curling ne se manifestent pas de la même manière lorsqu’il s’agit du père et de la mère. De même, l’impact n’est pas le même lorsqu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille.
Cela s’explique principalement par des variables culturelles. En effet, dans nos sociétés occidentales, l’investissement parental du père et de la mère est perçu différent. Là où la mère a souvent tendance à être dans un style affectif protecteur, le père va plutôt inciter l’enfant à faire des expériences. Il est donc plus courant que la mère ait un style parental curling. 

De même, les attentes sociétales ne sont pas les mêmes envers les filles et les garçons. Cela se ressent particulièrement à l’adolescence où les rôles de genre à s’établissent. C’est à ce moment-là que les garçons sont autorisés à avoir plus d’autonomie que les filles. 

Ainsi, les différences culturelles relatives aux rôles de genre impactent la manière dont les parents développent leur style parental. En effet, il semblerait que ce sont les filles qui subissent davantage la parentalité curling maternelle et les garçons la parentalité curling paternelle. 

La parentalité curling maternelle semble affecter principalement le manque d’autonomie et le sentiment de compétence. Là où la parentalité curling paternelle semble affecter surtout les compétences interrelationnelles, c’est-à-dire les habilités à entrer en relation avec les autres.

La parentalité curling en pratique

Il est très rare qu’une personne vienne consulter un psychologue pour une problématique liée directement à ce type de parentalité. Le plus souvent, la personne vient consulter pour d’autres difficultés à l’âge adulte.

Par exemple, Louis est allé consulter un psychologue parce qu’il est extrêmement anxieux à l’approche de ses examens Il a tendance à perdre totalement ses moyens. Il n’arrive pas à trouver de stratégies pour y faire face et se dit qu’il n’y arrivera jamais. Louis a déjà échoué sa première année d’études à cause de son stress et il ne sait plus quoi faire. Il se laisse déborder par la gestion des études, l’administratif et le quotidien.  

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Une conséquence possible de la parentalité curling est le développement d’un schéma dépendance – incompétence chez l’enfant. Ce schéma est souvent lié à une enfance surprotégée où le parent répond à tous les besoins de l’enfant sans prendre en compte que son stade de développement lui permet davantage d’autonomie. Le parent empêche ainsi l’enfant d’expérimenter la prise de risque et la découverte de ses compétences et ressources personnelles. A l’âge adulte la personne est convaincue qu’elle n’est pas capable d’assumer ses responsabilités et de se gérer. Elle pense avoir besoin des autres pour tout car tout semble excéder ses ressources et ses capacités. Cela peut entraîner beaucoup de stress, de l’anxiété et des symptômes dépressifs. Le bien-être de la personne est également altéré.

En bref – parents curling

La parentalité curling affecte négativement le bien-être des jeunes adultes, qu’elle vienne du père ou de la mère, et que l’enfant soit fille ou garçon. Elle affecte négativement les besoins psychologiques de bases qui contribuent au bien-être d’un individu. Ce sont principalement l’autonomie et le sentiment de compétence qui sont affectés. Cela peut entraîner une vulnérabilité de l’enfant lorsqu’il grandit et quitte le foyer familial et augmenter significativement l’anxiété et les symptômes dépressifs. Il risque également d’avoir une satisfaction de vie faible. 

Ainsi, la parentalité curling peut entraver le développement de l’enfant et ses capacités à faire face au monde lorsqu’il grandit. Soutenir l’autonomie de son enfant et l’encourager, l’accompagner à développer de nouvelles compétences sera bénéfique pour sa santé mentale et son bien-être.

Il est important pour les parents de trouver un équilibre entre le soutien nécessaire et la protection excessive. Encourager l’indépendance, l’apprentissage par l’expérience, et la résolution de problèmes est essentiel pour aider les enfants à devenir des adultes autonomes et confiants.

Réduction de , H.H., Erchull, M.J., Sendrick, E. et al. The Effects of Maternal and Paternal Helicopter Parenting on the Self-determination and Well-being of Emerging Adults. J Child Fam Stud 28, 3346–3359 (2019). https://doi.org/10.1007/s10826-019-01513-6

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