Éjaculation précoce, apprendre à gérer son excitation

Rédigé par Ophélie Lagache, psychologue clinicienne spécialisée en thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles (TCC) 

Qu’est-ce que l’éjaculation précoce?

L’éjaculation précoce (ou prématurée) est la dysfonction sexuelle masculine la plus fréquente. Elle est aussi la première cause de consultation pour trouble sexuel chez l’homme. L’éjaculation précoce touche 20 à 30 % de ces derniers, toutes catégories d’âges confondues. Elle peut avoir un impact important sur la santé mentale et conjugale.

En effet, bien que beaucoup d’hommes soient concernés, le sujet reste tabou ! Pourtant, il existe des traitements simples et efficaces pour pallier cette problématique. Mieux comprendre les origines de ce trouble est le premier pas vers une vie sexuelle épanouissante. 

Tout d’abord, il est important de savoir qu’il ne s’agit pas d’une maladie. Les études tendent à montrer que l’éjaculation prématurée est un comportement adaptatif issu de l’évolution de l’espèce. En effet, autrefois, le but d’un rapport sexuel était la procréation pour la survie de l’espèce. Le mâle humain était programmé génétiquement pour féconder rapidement la femelle. D’ailleurs, tous les primates anthropoïdes ainsi qu’une majorité de mammifères sont programmés pour éjaculer spontanément très rapidement. 

Néanmoins, au fil du temps, ce programme génétique a évolué pour s’adapter aux exigences, de la société actuelle. Celles-ci se situent désormais dans la recherche de plaisir et de durée. Ainsi, une majorité d’homme, par essais et erreur, a appris à moduler son excitation sexuelle pour retarder le moment de l’éjaculation. Cependant, certains hommes n’arrivent pas à acquérir cet apprentissage seul. Il est alors possible de consulter un sexologue ou un psychologue TCC formé aux troubles sexuels pour être guidé dans cette rééducation. Cela afin de retrouver une vie sexuelle et affective épanouissante. 

Toutefois, quelques étiologies organiques peuvent être à l’origine d’éjaculation précoce (frein court, hyperesthésie, neurologie, diabète). Celles-ci nécessitent un suivi médical, mais cela reste minoritaire.

Quand parle-t-on d’éjaculation précoce?

Il existe de nombreuses définitions de l’éjaculation précoce. Certaines se basent sur la durée, d’autres sur le nombre de mouvements du bassin, d’autres encore sur le plaisir mutuel au sein du couple. 

Le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) définit l’éjaculation prématuré comme un trouble de l’éjaculation persistant ou répété. Il survient pendant le rapport sexuel avec une partenaire, approximativement dans la minute suivant la pénétration vaginale, et avant que la personne ne souhaite éjaculer. 

Entre 30 secondes et 60 secondes, le trouble est peu sévère ; entre 15 secondes et 30 secondes, il est dit modéré et à moins de 15 secondes ou avant la pénétration il est considéré comme sévère.

Le diagnostic d’éjaculation précoce peut également s’appliquer aux personnes ayant des activités sexuelles non vaginales. Néanmoins, le critère spécifique de durée n’a pas été établi pour ces activités. 

La problématique doit être présente depuis au moins 6 mois et dans toutes ou presque toutes les situations d’activités sexuelles sans que cela soit imputable aux conséquences d’un problème de couple, aux effets d’une substance, d’un médicament ou encore une autre affection médicale. Finalement, cette mauvaise gestion de l’excitation sexuelle crée une insatisfaction chez l’homme et/ou une tension dans le couple. 

L’éjaculation prématurée peut être primaire, c’est-à-dire, la perturbation est présente depuis que le sujet est devenu sexuellement actif, ou secondaire, elle a débuté après une période d’activité sexuelle relativement normale. 

L’éjaculation précoce peut également être situationnelle, elle ne survient qu’avec certains types de stimulations, de situations ou de partenaire, ou généralisée, la perturbation se produit en toutes circonstances, sans distinction de partenaire. 

En somme, il est important de ne pas s’attarder uniquement sur la durée de la relation, mais d’également prendre en considération la sensation d’un manque de contrôle, l’insatisfaction liée à la durée subjective ainsi que la détresse et les difficultés interpersonnelles qui en résultent. 

Quelles sont les causes et conséquences?

Un trouble d’éjaculation précoce peut se mettre en place à la suite d’un mauvais apprentissage du contrôle de l’excitation sexuelle. Par exemple, après, des premières expériences masturbatoires qui ont été vécues dans la rapidité, par peur d’être surpris. Ainsi, ces premières expériences vont engendrer de mauvaises habitudes telles qu’une respiration inadéquate, un tonus musculaire trop important ou encore, des mouvements trop rapides. 

Cela peut aussi être due à différents facteurs psychologiques comme le stress, la peur de l’échec, une prédisposition à la nervosité ou des pensées dysfonctionnelles qui viennent aggraver et maintenir le problème.

Chaque rapport sexuel soldé par un échec va venir accentuer le niveau de stress de l’homme. Or le stress favorise le réflexe éjaculatoire, ainsi va se mettre en place un phénomène de cercle vicieux. 

Enfin, un changement de partenaire ou une activité sexuelle peu fréquente peuvent aussi être la raison d’un trouble d’éjaculation prématurée. En effet, dans ce dernier cas, une tension sexuelle s’accumule et l’excitation monte trop rapidement. 

Finalement, les conséquences vont être multiples et vont varier d’un homme à l’autre. Bien souvent, il y a une perte de confiance en soi à la suite de nombreuses expériences douloureuses. En effet, certains hommes se sentent diminués et incompétents face à leur partenaire. Ces sentiments, couplés au stress et à l’anxiété de performance, peuvent aussi conduire à une mauvaise estime de soi. 

Au niveau du couple, la ou le partenaire peut se sentir frustré.e ou lassé.e lors des rapports sexuels et de ce fait souhaiter les espacer. Ainsi, des tensions conjugales ou encore une mise à distance peuvent progressivement s’installer au sein du couple. 

Comment surmonter l’éjaculation précoce?

La prise de médicaments pour ralentir l’éjaculation est possible. Néanmoins, les effets ne sont que temporaires. Seule une rééducation pourra résoudre le problème. En effet, à la suite d’un simple apprentissage de comportements et de pensées appropriés, avec un sexologueou un psychologue, 90% des hommes souffrant d’éjaculation précoce parviennent à améliorer leur fonctionnement sexuel. 

Voici quelques pistes : 

  • Augmenter la durée et varier les préliminaires. Cela va permettre une accoutumance aux caresses et aux sensations ainsi la réaction face à l’excitation sexuelle sera moins forte. Cela permettra de diminuer la frustration si la pénétration dure peu de temps 
  • Augmenter la fréquence des éjaculations (masturbation, pénétrations, préliminaires…) car les abstinences font éjaculer plus rapidement 
  • Prendre le temps, faire des pauses. Il s’agit de s’immobiliser dès le premier instant de la pénétration afin, de s’habituer aux sensations… Par la suite, il sera essentiel de faire des pauses lorsque l’excitation sera trop forte. Attention, toutefois, à ne pas attendre d’être au bord de l’éjaculation pour arrêter. 
  • Favoriser certaines positions sexuelles. L’homme sur le dos par exemple, cela va permettre de diminuer la tension musculaire dans le corps et va favoriser une respiration abdominale. Deux éléments essentiels pour gérer son excitation sexuelle.
  • Et pour finir, savourer le moment…

Si vous souffrez d’éjaculation précoce, nos psychologues TCC formés en troubles sexuels sont là pour vous guider et vous aider afin de retrouver une vie sexuelle et affective épanouissante

A lire aussi: Qu’est-ce que le trouble du désir sexuel?

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Sources : 

Aubin, S., Carufel, F. D., Sutter, P. D., & Poudat, F. (2011). Sexualité, couple et TCC. Issy les Moulineaux: ElsevierMasson. 103-116

Desjardins, J. (n.d.). Les Troubles du contrôle de l’éjaculation. Reading.

De Carufel, F. (2009). L’éjaculation prématurée. Bruxelles : Presses Universitaires de Louvain.

Solano, C., & Sutter, P. D. (2012). La mécanique sexuelle des hommes. Paris: Pocket.

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